Didactique de la lecture II
Processus cognitifs en lecture : stratégies et compréhension; lecture interactive
Processus d’intégration
Ces processus sont relatifs à la possibilité d’établir des liens entre les phrases. Les processus d’intégration favorisent l’utilisation de mots de remplacement (anaphores), d’inférence, de connecteurs, etc. (Irwin, 2007; Giasson, 2003). Le lecteur peut donc comprendre et se rappeler le texte lu seulement s’il est capable de faire des liens de sens à l’intérieur des phrases et entre les phrases (Irwin, 2007).
Par exemple, dans les phrases « Rosalie est allée au magasin. Elle s’est acheté des pantalons », le lecteur infèrera certainement que l’anaphore « elle » se rapporte à « Rosalie » et que Rosalie va au magasin parce qu’elle a besoin de pantalons. Cependant, un lecteur novice peut comprendre, par exemple, que le « elle » se rapporte à quelqu’un d’autre et ne pas être capable d’inférer la raison pour laquelle Rosalie est allée au magasin.
Utilisation de mots de remplacement (ou mots de substitution ou anaphores)
On nomme mots de remplacement (également appelés mots de substitution ou anaphores) un mot ou un groupe de mots utilisés pour en remplacer un autre préalablement nommé dans le texte (Giasson, 1990; Viau, 2012). Le mot substitué est le référent (également appelé « antécédent »).
« Dans un texte, l’auteur ne répète pas un mot à l’infini […] [Dans ce cas, [l]e processus de remplacement permet à la fois d’éviter les répétitions et de faire des liens entre les parties du texte » (Giasson, 2003, p. 238).
En guise d’exemple, dans l’extrait suivant, le jeune lecteur peut avoir du mal à déterminer à quoi font référence les mots de remplacement :
« Loupi n’avait pas l’instinct loup. Du tout. Pire encore! Il passait ses journées à observer les moutons, non pour repérer l’un d’entre eux, ou boiteux ou malingre, pour le croquer, mais parce qu’il aimait les observer pour le seul plaisir… de les observer. » (Dedieu, 2008, Un loup au paradis, s.p.)
- Ici, le « il » est un pronom personnel qui remplace « Loupi ».
- Le pronom personnel « le » remplace « l’un d’entre eux / des moutons » tandis que les deux pronoms personnels « les » remplacent « les moutons ».
- Le but des mots de remplacement (ou des anaphores) est de faire progresser le texte et de ne pas répéter constamment les mots « Loupi » et « mouton(s) ».
Les mots de substitution peuvent appartenir à différentes catégories, dont les suivantes :
| Les pronoms personnels | Marie/elle |
|---|---|
| Les pronoms relatifs | Pierre/qui |
| Les pronoms démonstratifs | Jean/celui-ci |
| Les adverbes de temps | Elle a fait/avant |
| Les adverbes de lieu | En Russie/là-bas |
| Les synonymes | Petite fille/fillette |
| Les périphrases | Jean/celui qu’elle aime |
| Les termes génériques | Un chien/l’animal |
| L’indéfini et le défini | Un lion/le lion |
Inférence
Pour ce qui est de l’inférence, elle renvoie à la compréhension que le lecteur se fait, au cours de sa lecture, de toute information qui n’est pas mentionnée explicitement dans le texte. Cette habileté s’avère essentielle dans la compréhension de la lecture (Bruneau et Stanké, 2008). Ainsi, le lecteur doit aller au-delà de sa compréhension littérale des informations explicites fournies dans le texte (Giasson, 1990; MELS, 2009). Les auteurs Dole, Duffy, Roehler et Pearson (1991) ajoutent : lorsque le lecteur fait une inférence, il combine l’information du texte à ses expériences personnelles afin de comprendre ce qui n’est pas écrit de façon explicite. En d’autres mots, le lecteur lit « entre les lignes » (extrait adapté de Viau, 2012, p. 27-28).
Il existe deux types d’inférences : logiques et pragmatiques.
- Dans le cas d’une inférence logique, le lecteur s’appuie sur des éléments préalablement mentionnés dans le texte afin de créer une nouvelle information.
- Par contre, dans le cas d’une inférence pragmatique, le lecteur déduit une information sous-entendue, donc non explicite, en se basant sur ses propres connaissances (MELS, 2009).
Au cours du 2e cycle du primaire, les élèves apprennent à effectuer des inférences logiques et pragmatiques. Bien que ces stratégies doivent être acquises au 3e cycle du primaire (MELS, 2009), elles n’en demeurent pas moins importantes dans l’apprentissage des jeunes lecteurs qui s’exercent, avec le soutien de leur enseignante.
