Didactique de la lecture II
Processus cognitifs en lecture : stratégies et compréhension; lecture interactive

Macroprocessus

Les macroprocessus favorisent la compréhension générale du texte lu (Giasson, 2003). Ils permettent de diminuer les éléments de détails du texte afin que le lecteur puisse se rappeler les idées importantes.

Coopérativité lectorielle

Cette stratégie est moins connue du milieu scolaire.

Le lecteur peut utiliser cette stratégie pour construire le sens d’un texte et pour retrouver un ordre (Balpe, 1990).

« La tendance normale du lecteur, avant de rejeter un message, est, d’abord, très fortement, d’essayer, si le sens n’est pas évident, de le découvrir, éventuellement de le construire » (Balpe, 1990, p. 132).

Si, par exemple, le lecteur ne réussit pas à trouver le rapport ou la logique entre deux séquences de texte, il essaiera de créer un lien au niveau métaphorique. Par contre, si la cohérence est impossible à construire pour le lecteur, le message ne peut alors être compris. Dans ce cas, le lecteur peut décider d’abandonner sa recherche de compréhension soit parce qu’il a des problèmes de lecture (dans une œuvre difficile, par exemple), soit parce que le texte n’est pas cohérent à la base (comme c’est le cas dans les textes du courant dadaïste) (Balpe, 1990).

En d’autres mots, l’emploi de la coopérativité lectorielle est le fait de mettre tout en œuvre pour comprendre. Le lecteur évalue d’abord sa compréhension et utilise ensuite une stratégie ou des stratégies de compensation :

  • problème + solution.

Cette stratégie aurait très bien pu faire partie des processus métacognitifs dont nous parlerons plus loin. Par contre, en fonction de sa définition, nous l’avons associée aux macroprocessus puisque la coopérativité lectorielle favorise également la compréhension générale du texte lu.

Identification des idées principales (explicites et implicites)

Identifier les idées principales est le fait de savoir « distinguer clairement les points importants des détails superflus » (Boucher et De Koninck, 2001-2002, p. 71).

  1. L’idée principale explicite peut se trouver dans une phrase du texte. Celle-ci résume alors l’information importante du paragraphe.
  2. L’idée principale implicite est une idée principale à produire, car elle n’a pas été explicitement écrite dans le texte.
    1. À ce moment, le lecteur doit se poser la question : « Quel est l’élément le plus important que l’auteur veut nous dire dans son texte? » (Giasson, 2003).
    2. Trouver l’idée principale implicite est beaucoup plus difficile pour le lecteur que de découvrir l’idée principale explicite, car tout repose sur sa seule compréhension du texte.

Le concept d’idée principale peut changer d’une personne à l’autre, d’un élève à l’autre. Certains élèves vont souligner des mots-clés, d’autres des groupes de mots. Certains vont également souligner des phrases complètes. Chacun a son style d’apprentissage et son mode de fonctionnement. Il n’y a donc pas une seule façon de faire les choses, une seule réponse…

Lecture partielle (ou lecture rapide 1 ou lecture-écrémage 2)

Ce type de stratégie permet de « parcourir un texte en exerçant ses capacités visuelles et sémantiques de façon à ce que le rapport entre la vitesse et la compréhension soit maximalisé » (Legendre, 2005, p. 832).

En d’autres mots, le lecteur emploie la stratégie de la lecture partielle pour prendre connaissance rapidement d’un texte en couvrant une grande surface d’information, sans aller en profondeur, dans le but d’avoir une vue d’ensemble de ce qu’il lit (Boucher et De Koninck, 2001-2002; Cohen et Mauffrey, 1983; McAleese, 1993).

À ce moment, le lecteur est capable de repérer les endroits qui semblent intéressants pour lui, selon son intention de lecture de départ, et de résumer sa lecture de façon sommaire. Il s’agit d’une lecture en diagonale.

À noter!

Au lieu de parler de lecture partielle, les chercheurs travaillant sur les stratégies employées à l’écran utilisent plutôt le terme « exploration » (exploring) lorsque le lecteur a une intention de lecture en tête. Lorsque le lecteur n’a pas réellement d’objectif de lecture, nous parlons plutôt de la stratégie de balayage (scanning).

Relecture partielle

La relecture partielle ressemble beaucoup à la stratégie de lecture partielle. Lors de l’utilisation de la relecture partielle, le lecteur relit du texte qu’il a déjà vu, partiellement et rapidement, de façon à trouver ou à retrouver l’information recherchée (Carignan, 2002).

La relecture partielle consiste à relire un mot, un groupe de mots ou une moitié de phrase. Le lecteur peut notamment relire partiellement le texte pour mieux comprendre, parce qu’il a été distrait ou tout simplement parce qu’il trouvait la partie intéressante. Cette stratégie peut s’utiliser de façon automatisée ou non.

Résumé

Le résumé permet de réaliser la synthèse du texte en décomposant, « concrètement ou en pensée un tout en ses éléments constitutifs en cherchant à établir la hiérarchie et les rapports existant entre ses éléments » (Legendre, 2005, p. 60).

En d’autres mots, le lecteur doit savoir distinguer les informations principales des informations secondaires d’un texte pour en dégager la synthèse, que ce soit à l’écrit ou à l’oral (Kartchner Clark, 2008; Irwin, 2007).

Le résumé est donc « une activité complexe puisqu’elle fait appel à la coordination de plusieurs habiletés chez le lecteur » (Boucher et De Koninck, 2001-2002, p. 71); cette activité consiste à :

  • sélectionner les éléments d’informations significatifs et les mots-clés (Kartchner Clark, 2008);
  •  organiser l’information pour à être capable de la paraphraser (l’écrire dans ses propres mots) (Kartchner Clark, 2008).

De plus, pour qu’un élève résume correctement un texte, il faut d’abord qu’il se soit approprié son contenu ainsi que sa structure organisationnelle (Charolles, 1991; Boucher et De Koninck, 2001-2002).

Il est important de noter que « [l]es élèves éprouvent souvent des difficultés à faire la distinction entre ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Ils ont tendance à énumérer toutes les parties du texte, en se concentrant souvent sur les idées les plus intéressantes [selon eux] plutôt que sur les idées les plus importantes » (Kartchner Clark, 2008, p. 23).

Lors de l’utilisation de cette stratégie, le lecteur peut s’intéresser particulièrement aux caractéristiques textuelles suivantes (Boucher et De Koninck, 2001-2002; Kartchner Clark, 2008) :

  • caractères gras
  • lettres majuscules
  • italiques
  • couleurs
  • grosseur des caractères
  • légendes
  • illustrations
  • photos
  • tableaux
  • graphiques
  • cartes
  • étiquettes, etc.,

…ainsi qu’aux éléments faisant référence à la « tabularisation » du texte (Vandendorpe, 1999) :

  • table des matières
  • paragraphes
  • titres
  • sous-titres
  • notes de bas de page
  • bibliographie, etc.

La « tabularisation » permet de visualiser la façon dont le texte est structuré. Cette structure aide le lecteur à résumer et lui donne un cadre pour se rappeler les éléments importants à retenir.

  • Une aide pour enseigner le résumé : la stratégie des six questions essentielles. (Kartchner Clark, 2008, p. 29)

Cette stratégie dite « classique » peut réellement aider les élèves à mettre l’accent sur les éléments les plus importants du texte, seuls ou en équipes. Il est cependant important de mentionner que ces six questions s’appliquent davantage pour l’enseignement du résumé d’un texte narratif (il en sera question dans la prochaine section).

Les six questions essentielles Résumé à partir des six questions essentielles

Qui?

 

Quoi?

 

Où?

 

Quand?

 

Comment?

 

Pourquoi?

 

Stratégie de relation de textes (text-relations strategy)

Lors de l’utilisation de cette stratégie, le lecteur va d’une unité d’information à une autre dans le but d’explorer les relations possibles.

Sur le texte papier, le lecteur peut faire des liens, des allers-retours entre le texte lu, la table des matières, l’index, les notes de bas de page, etc.

À l’écran, cette stratégie permet d’accéder à de l’information nouvelle en activant un hyperlien menant à cette information nouvelle. Sans l’activation d’hyperliens, le lecteur n’a pas accès aux différents niveaux d’information proposés à l’écran. Il est également possible pour le lecteur d’établir des liens à l’intérieur de l’hypertexte sans nécessairement activer les hyperliens.

Stratégie du plan (map strategy)

Cette stratégie se caractérise par l’utilisation fréquente du plan pour choisir un document textuel ou une section précise d’un document textuel (Verheij et coll., 1996). Ce plan peut se présenter, par exemple, sous la forme d’un index ou d’une table des matières. Le lecteur choisit alors la partie du texte, papier ou à l’écran, qui l’intéresse en sélectionnant ce qui lui semble le plus passionnant.

1. Legendre, 2005, p. 832.

2. Cohen et Mauffrey, 1983, p. 87.

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