Didactique de l’oral
Distinction entre oral médium et oral objet; éléments prosodiques, éléments non verbaux, enseignement-apprentissage des genres oraux formels; niveaux de langue.
Activité d’apprentissage 8
Les entrevues de Samuel
Démarrez cette activité en visionnant la première entrevue de Samuel.
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- À votre avis, quel est le niveau de langue utilisé par Samuel?
- Est-ce que vous souhaiteriez l’engager? Veuillez argumenter.
Visionnez à présent la seconde entrevue de Samuel.
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- À votre avis, quel est le niveau de langue utilisé par Samuel?
- Souhaiteriez-vous l’engager? Veuillez argumenter.
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La variation linguistique
La variation linguistique est définie par Préfontaine et coll. (1998) comme « des données linguistiques variant selon le contexte situationnel [et s’apparentant] à un ensemble de phénomènes en usage dans une communauté, utilisées selon les situations » (p. 22). Par exemple, les expressions, le lexique et l’accent utilisés en Gaspésie ne sont pas nécessairement les mêmes qu’à Montréal. Chaque région a ses particularités et sa variation linguistique.
Gervais (1999) explique aussi que cette variation linguistique pourra éventuellement permettre à un individu de faire partie d’une communauté, comme le suggèrent les travaux de Labov (1976). Pour ce faire, il devra maitriser certains codes de la langue orale. Cela instaure une perspective plurinormative de la langue toujours en lien avec le contexte professionnel et le contexte social.
En d’autres mots, il s’agit des différences linguistiques (Préfontaine et coll., 1998) et il est nécessaire, voire primordial, en enseignement de valoriser la variation linguistique.
Un élève qui arrive de la région du Saguenay, de Sudbury en Ontario (un milieu francophone minoritaire à 28 % de la population) ou du Liban où une grande partie de la population a été scolarisée dans le système français (de France) n’aura ni le même accent, ni les mêmes expressions, ni le même lexique.
Par exemple, à Sudbury, des Franco-Ontariens vont prononcer obzerve (avec le z) au lieu de observe (avec le s). Ceci est en lien avec le fait que l’anglais est dominant. Il y a alors un transfert de la prononciation anglaise vers la prononciation française pour le s.
Un autre exemple : un Français peut vous dire « On va faire la teuf c’soir! », tandis qu’un Québécois ou un Franco-Ontarien dira « On va faire le party à soir! ». Dans les deux cas, il s’agit d’un niveau de langue familier. D’ailleurs, à ce propos, je vous invite à découvrir une bande dessinée franco-ontarienne intitulée L’ordre de Jacques-Cartier dans laquelle vous pourrez travailler les niveaux de langue et découvrir des expressions typiques de l’Ontario français!
Un dernier exemple : des expressions comme « barrer la porte » ou des mots comme « chandail », « yogourt » ou « tuque » ne seront pas compris de l’élève libanais, tunisien, suisse, français, togolais ou belge! Ceux-ci diront plutôt « fermer à clé », et parler de « pull », de « yaourt » et de « bonnet ».
Un autre exemple : un nouvel arrivant qui se fait demander au restaurant : « Quelle liqueur vous voulez comme breuvage? » restera perplexe.
Problème de compréhension 1 : le mot liqueur
Au Québec et dans le reste du Canada où vivent des francophones en contexte minoritaire, le mot « liqueur » est plutôt utilisé pour parler d’une boisson gazeuse. En Ontario français, par exemple, il existe deux termes : on peut parler de liqueur, de liqueur douce (traduction de soft drink) ou de pop pour parler de boisson gazeuse.
Or, pour quelqu’un ne venant pas de l’Amérique du Nord, le mot liqueur est une « boisson alcoolisée sucrée et aromatisée, généralement consommée comme digestif » (Antidote), comme la liqueur de cassis, la liqueur de menthe, etc. Le sens est complètement différent!
L’inverse est également vrai. Un Québécois ou un Franco-Ontarien qui arrive pour la première fois en France et qui se fait demander : « Qu’est-ce que vous désirez comme boisson? » La première pensée du Québécois ou du Franco-Ontarien sera de répondre négativement s’il n’a pas envie d’alcool…
Problème de compréhension 2 : le mot breuvage
Ce mot est considéré comme un anglicisme lorsqu’il est utilisé dans le sens de boisson et vient de beverage (mot en ancien français). Le vrai sens du mot « breuvage » est « une boisson de composition spéciale » (Antidote). Pensez par exemple à la potion magique préparée par Panoramix dans les bandes dessinées d’Astérix!
De là l’importance d’adopter un niveau de langue standard en salle de classe avec un lexique diversifié, des structures de phrase adéquates, et de s’assurer de la compréhension des élèves, peu importe d’où ils viennent. L’une des bonnes façons de s’assurer de cette compréhension est de regarder le non verbal des élèves. S’ils ne comprennent pas, vous le verrez dans leur visage…
Enseignant et modèle linguistique
Selon Baribeau et Lebrun (2001), les futurs enseignants sont conscients qu’ils doivent soigner leur langue parlée et ils devront utiliser un langage standard afin d’être un modèle linguistique auprès de leurs élèves. Dans ce contexte, qu’est-ce qu’un modèle linguistique?
Selon le référentiel des compétences (MEQ, 2001), un modèle linguistique est associé à l’usage professionnel de la langue. L’enseignant doit posséder certaines compétences linguistiques inhérentes à son travail. De la sorte, il devient un modèle et une référence pour les élèves à qui il enseigne (Lebrun et Préfontaine, 1999). Plusieurs auteurs ont mentionné que l’enseignant devient un modèle linguistique dans le cadre de son enseignement, justifiant de la sorte un effort supplémentaire quant à la formation des futurs enseignants du point de vue de l’oral (Baribeau et Lebrun, 2001; Mottet et Gervais, 2007; Ostiguy et Gagné, 2001).
Plessis-Bélair (2006) réitère l’importance du modèle linguistique lorsqu’il s’agit d’enseigner en classe aux élèves. De plus, ces recommandations apparaissent dans le référentiel de compétences professionnelles établi par le MELS (MEQ, 2001) lorsqu’il est question de la compétence orale des futurs enseignants.
