Didactique de l’oral
Distinction entre oral médium et oral objet; éléments prosodiques, éléments non verbaux, enseignement-apprentissage des genres oraux formels; niveaux de langue.

Distinction entre oral médium et oral objet

Comme nous l’avons mentionné auparavant, trop souvent, la compétence orale est enseignée en dernier, c’est-à-dire quand les enseignants « ont le temps », car ils préfèrent généralement mettre l’accent sur la lecture et l’écriture.

Or, mettre l’accent sur l’enseignement de la compétence orale peut être extrêmement bénéfique pour les élèves, car la lecture, l’écriture et l’oral sont en constante interaction.

Un élève qui écrit comme il parle, c’est-à-dire de façon familière, le fait simplement parce qu’il ne connait pas d’autres niveaux de langue. À partir du moment où cet élève lit (ou se fait lire) des œuvres de littérature jeunesse, écrit pour différentes raisons qui le motivent et développe sa compétence orale dans un contexte de classe respectueux, tout est possible.

Il arrive que les enseignants ne se sentent pas à l’aise d’enseigner la compétence orale (Lafontaine, 2007), car ils ne veulent pas vexer leurs élèves. J’ai souvent entendu de futurs enseignants me dire : « Je ne vais pas trop bien parler et utiliser des termes compliqués, avec un niveau standard, car mes élèves ne vont pas me comprendre. Je veux être à leur niveau. Je ne vais pas les corriger, car ils vont se sentir brimés. »

Justement, non. Le but n’est pas d’être à leur niveau, mais bien « d’élever » leur niveau en dépassant leurs limites, en les amenant ailleurs. Pour élever ce niveau, les élèves doivent être capables de reconnaitre leurs erreurs à l’oral, d’utiliser un vocabulaire diversifié, d’argumenter de façon adéquate, etc. C’est le même concept qu’à l’écrit.

De surcroit, les enseignants sont un modèle linguistique pour leurs élèves. Et ils seront peut-être les seuls modèles dans la vie de certains élèves.

Je vous invite d’ailleurs à regarder le film Monsieur Lazhar de Denis Villeneuve.

Monsieur Lazhar est un enseignant suppléant d’origine algérienne qui utilise un niveau de langue standard (voire même soutenu à plusieurs moments). Il croit en la capacité d’adaptation de ses élèves et les amène à se dépasser constamment. Ses élèves le comprennent très bien et se sentent valorisés, même s’il a un accent différent des élèves québécois et qu’ils utilisent des termes plus complexes. Les élèves sont curieux : ils veulent connaitre la signification des mots! Ils veulent être à la hauteur!

Il faut toujours amener les élèves à se dépasser! Si vous croyez en eux, ils vous le rendront bien, et ce, particulièrement pour la compétence orale.

L’oral comme médium d’enseignement

Selon Lafontaine (2007, p. 11), il existe trois façons d’utiliser l’oral comme médium d’enseignement :

  • comme principale stratégie au service de l’enseignement de notions à transmettre;
  • au cours d’activités d’oral formelles planifiées à l’horaire de l’enseignant;
  • au moment d’activités d’oral spontanées qui ont un impact sur l’élève.

L’oral au service de l’enseignement de notions

En salle de classe, l’enseignant utilise l’oral pour transmettre des connaissances, discuter avec les élèves, corriger des exercices. Il s’agit donc d’une stratégie d’enseignement (Lafontaine, 2007). Par contre, à ce moment-là, il n’y a pas d’enseignement de l’oral comme tel. Dans ce cas de figure, l’oral est uniquement un médium pour transmettre des connaissances : il n’y a pas d’exemples, de contrexemples, de modelage, etc. Rien n’empêche cependant l’enseignant d’être un modèle linguistique en utilisant un niveau de langue standard lors de l’enseignement de notions.

Utilisation de l’oral par l’entremise d’activités formelles

L’exposé oral formel est utilisé dans plusieurs disciplines (français, anglais, géographie, etc.). Par contre, il n’y a pas nécessairement d’enseignement en tant que tel (Lafontaine, 2001). Comment faire un bon exposé oral? La plupart du temps, il n’y a malheureusement pas de « retour sur les forces et les faiblesses observées dans l’exposé afin d’amener les élèves à s’améliorer » (Lafontaine, 2007, p. 12). Souvent même, les exposés oraux demandés ne sont aucunement en lien avec les notions vues en salle de classe, c’est-à-dire qu’ils sont complètement décontextualisés. Et finalement, une note est donnée… « Cette façon de faire a ses limites, car elle n’enseigne pas aux élèves comment, par exemple, utiliser une bonne intonation, un débit approprié […]. » (Lafontaine, 2007, p. 12)

En procédant de cette façon, on n’enseigne pas réellement l’oral. L’apprentissage est un processus qui demande du temps et une rétroaction constante par l’entremise d’exemples et de contrexemples.

Anecdote

J’ai encore de douloureux souvenirs d’exposés oraux formels lors de mon passage au secondaire. Je me rappelle notamment un exposé oral en anglais. Chacun notre tour, nous devions aller dans le corridor pour « cracher » le texte que nous avions appris par cœur. J’avais le cœur qui battait la chamade, les mains moites, la tête qui tournait, un manque de salive, etc. Le stress m’envahissait. Je détestais les exposés oraux, ça me rendait presque malade. Sans parler du fait que je dormais très mal la nuit précédente.

Mon enseignant ne faisait pas l’enseignement des éléments prosodiques ou du non-verbal. Nous avions un sujet et nous devions parler de ce sujet, tout simplement. Aucune autre indication. La plupart des élèves détestaient les exposés oraux. Pourquoi? Parce qu’il n’y avait pas d’enseignement explicite de l’oral, de modelage en tant que tel. Nous n’avions aucune idée de comment faire un bon exposé oral et de comment nous étions évalués…

J’ai vécu le même phénomène en classe de français.

Utilisation de l’oral par l’entremise d’activités spontanées

Il s’agit d’activités non planifiées qui surgissent à brule-pourpoint. C’est le cas notamment lorsqu’il y a une discussion en grand groupe sur un évènement survenu dans l’école, une nouvelle importante dans les médias ou une anecdote que l’enseignant veut partager avec ses élèves. Dans ce cas, le niveau de langue peut être plus familier. En effet :

L’enseignant profitera de ces situations spontanées plus familières pour travailler le langage des élèves, les amener à enrichir leur vocabulaire ou à les encourager à utiliser le mot juste. Toutefois, si l’on veut que les élèves en tirent de réels apprentissages, il faut les rendre conscients qu’on travaille la langue, ce que ne permet pas nécessairement une situation spontanée surgissant d’un contexte particulier et se déroulant dans le feu de l’action. […] (Lafontaine, 2007, p. 13).

Mais comment l’oral peut-il être enseigné de façon concrète? Par l’entremise de l’oral comme objet d’apprentissage (Lafontaine, 2007).

Prenez quelques minutes pour réfléchir sur votre propre expérience comme élève, relativement aux exposés oraux formels.

Vous souvenez-vous de vos expériences de présentation d’exposés oraux? Comment vous sentiez-vous?

Vous considériez-vous suffisamment préparé pour présenter vos exposés?

Quelles techniques aviez-vous développées pour mieux vous préparer?

Rendez-vous sur l’espace « Oral » de l’outil « Partage » pour partager vos expériences avec les autres étudiantes et étudiants.

L’oral comme objet d’enseignement

Selon Lafontaine (2007, p. 13), trois composantes font partie de la démarche didactique pour enseigner l’oral comme objet d’enseignement : l’intention de communication, la situation de communication et les activités d’oral planifiées et intégrées.

L’intention de communication

L’intention de communication est la raison pour laquelle il y a une prise de parole; il s’agit donc du point de départ et le premier élément à clarifier avec les élèves. « Présenter l’intention de communication permet […] aux élèves de voir le fil conducteur dans le projet, d’en connaitre le but, de savoir s’ils vont discuter, débattre, faire une critique […], etc. » (Lafontaine, 2007, p. 15)

En d’autres mots, l’intention de communication est un élément clé de la compétence orale, car il permet aux élèves d’activer leurs connaissances antérieures et de comprendre pourquoi ils apprennent l’oral et à quoi sert exactement cet apprentissage.

La situation de communication

De façon générale, la situation de communication est le contexte dans lequel il y a prise de parole. Par exemple, l’élève qui est avec ses amis dans la cour de récréation ne s’exprimera pas de la même façon que s’il est devant le directeur ou en contexte d’exposé oral.

De façon plus précise, la situation de communication comporte quatre aspects :

  1. Intégration des pratiques
    En effet, pour que les élèves comprennent le projet proposé en classe, il faut qu’il y ait une interaction entre l’oral, la lecture et l’écriture, et ce, peu importe la discipline enseignée. « C’est un fil conducteur qui rend les activités signifiantes pour les élèves et les enseignants » (Lafontaine, 2007, p. 15). Par exemple, pour vivre un débat en salle de classe, les élèves devront faire une recherche documentaire sur un moteur de recherche, sélectionner les meilleurs documents, les lire, les surligner, noter les meilleures idées, se créer un document synthèse, préparer leur prise de parole à l’aide de leurs pairs, etc.

  2. Présentation de sujets signifiants et non signifiants
    Les sujets signifiants sont en lien avec ce qui touche personnellement les élèves, ce qui les intéresse réellement et ce qui est en lien avec leurs champs d’intérêt.

    Les sujets non signifiants s’éloignent quant à eux des intérêts des élèves, mais ils sont nécessaires pour élargir leur culture générale et leurs connaissances avec le monde qui les entoure, l’histoire, l’actualité, etc. « Un sujet non signifiant peut devenir très intéressant si l’enseignant fait une mise en scène, contextualise son choix, le présente par une anecdote ou un témoignage. » (Lafontaine, 2007, p. 15)

  3. Prise en compte des champs d’intérêt des élèves
    Les pratiques d’oral public doivent être représentatives de situations de communication authentiques vécues dans la vie de tous les jours comme des discussions, des débats, des remerciements, etc. Elles doivent aussi favoriser les activités en petits ou en grands groupes. De plus, le « jeu ou des pratiques ludiques, comme une émission de télévision, des rôles précis, l’incarnation de personnages et des déguisements suscitent l’intérêt des élèves et réduisent beaucoup leur timidité. » (Lafontaine, 2007, p. 15-16)

  4. Prise en compte de l’auditoire
    À l’intérieur de la situation de communication, les auditeurs doivent avoir un rôle actif. Ceci signifie qu’ils doivent participer et avoir un rôle à jouer (repensez, par exemple, au caucus littéraire où les auditeurs jouent le rôle d’évaluateur et où ils posent des questions).

    Par exemple, les auditeurs peuvent devenir des observateurs actifs et prendre en note les forces et les points à améliorer relativement aux éléments non verbaux des élèves qui jouent le rôle de locuteur et d’interlocuteur. Les élèves développent alors leur esprit critique et réinvestissent les connaissances apprises dans un autre contexte.

Les activités d’oral planifiées et intégrées

Les deux premières composantes, l’intention et la situation de communication, amènent l’enseignant à « présenter aux élèves des activités d’oral planifiées à leur horaire et incorporées à des pratiques de lecture et d’écriture. Ces objets feront ultérieurement l’objet d’une évaluation sommative » (Lafontaine, 2007, p. 16).

Le développement de la compétence orale est donc en processus d’apprentissage tout au long de l’année scolaire. À travers ce processus, il y a également l’apprentissage des éléments prosodiques.

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