L’enseignement de la nouvelle orthographe

Un peu d’histoire pour mieux comprendre l’évolution de la langue française…

En 1673, une citation du premier dictionnaire de l’Académie française affirmait que les difficultés orthographiques permettraient « de différencier les gens de lettres des gens ignorants et des simples femmes ».

Vous vous imaginez? Beaucoup de difficultés orthographiques ont été créées pour faire la distinction entre les pauvres gens et l’élite intellectuelle! Une langue devrait être un outil de communication et non une façon de distinguer les gens davantage scolarisés des gens qui le sont moins!

Sachant ceci, il est possible de devenir moins « frileux » lorsqu’il est question de l’évolution de l’orthographe de la langue française.

Le grammairien belge André Goose, qui a beaucoup travaillé avec Maurice Grevisse, a écrit sur la quatrième de couverture de son ouvrage La « nouvelle » orthographe que :

[l]’orthographe n’est que l’habit de la langue, et un habit vieillit, se démode, s’use. La physionomie écrite des mots n’est pas fixée depuis toujours et à jamais. S’il est bon de temps en temps que le vêtement change, ces ajustements ne remettent absolument pas en cause l’attachement profond que chaque francophone porte à sa langue (Goose, 1991, quatrième de couverture).

À travers le temps, depuis la fixation de l’écriture française, il y a eu huit moments où des changements ont été apportés à la graphie des mots.

En 1694.
En 1718.
En 1740
(5000 mots sur 18 000 ont été touchés!).
En 1762.
En 1798.
En 1835.
En 1878.
En 1932-35.

En 1975, l’Académie française a proposé une série de nouvelles rectifications qui ne sont malheureusement pas passées dans l’usage, faute d’être enseignées et recommandées.

Voilà pourquoi beaucoup de gens pensent que la langue ne change pas, qu’elle est immuable! C’est tout simplement parce que les derniers changements orthographiques ont eu lieu en 1935!

En 1990, le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) de Paris a publié un rapport sur les rectifications orthographiques dans le Journal officiel de la République française. Ce rapport, à l’origine de la nouvelle orthographe, a été approuvé par l’Académie française.

Au Québec, l’Office québécois de la langue française (OQLF) et le Conseil supérieur de la langue française (du Québec) sont deux instances qui sont favorables aux rectifications orthographiques.

En effet, en 2004, l’OQLF a publié un communiqué mentionnant « qu’en cette période de transition ni les graphies traditionnelles ni les nouvelles graphies proposées ne doivent être considérées comme fautives. » Ceci signifie qu’il est possible d’écrire en nouvelle orthographe, en orthographe traditionnelle ou d’utiliser les deux graphies.

L’OQLF a également écrit que, « dans ses travaux et publications, l’Office donnera désormais la priorité aux nouvelles graphies dans la mesure où elles sont attestées dans les dictionnaires usuels. »

Les dictionnaires les plus connus, le Dictionnaire Hachette (depuis 2002), Le Petit Larousse illustré (depuis 2012) et le Multidictionnaire de la langue française (2009, 5e édition) ont intégré la nouvelle orthographe. Les deux graphies (nouvelle et traditionnelle) sont donc admises.

Pour ce qui est de l’enseignement, l’OQLF mentionne : « [q]ue les enseignants choisissent d’enseigner l’orthographe nouvelle ou traditionnelle, ils doivent accepter les deux graphies, et ce, pour une période indéterminée, puisqu’aucune des deux formes ne peut être considérée comme fautive. »

Le milieu scolaire ne peut donc plus pénaliser les élèves pour des erreurs qui n’en sont plus!

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